Expertise locale en économie du Sport

Expertise locale en économie du Sport

La tenue des Etats généraux du sport dans certains pays, notamment le
Cameroun, a marqué un hiatus dans la gestion du sport camerounais instituant
beaucoup d’innovations fortes parmi lesquelles le processus de recrutement des
encadreurs techniques des sélections nationales. Ainsi, le modèle camerounais
met en place une commission d’analyse des dossiers de candidatures qui
propose à la hiérarchie, à travers une grille, une short List tenant compte des
exigences du pays, du profil des candidats et des prétentions salariales.
Le montant de salaire est arrêté par l’Etat qui paie après avoir consulté l’organe
technique et convenu avec le cocontractant.
La fourchette est conjoncturelle et politique. Certaines informations ont relayé
des montants d’environ 80 millions à un sélectionneur pour aller à une Coupe du
Monde, un autre à 50 millions, d’autres encore ont touché 40 millions. En
fonction des enjeux et du contexte, l’Etat, la fédération et le Sélectionneur
négocient le montant des salaires. Il me semble qu’il n’y a pas une fourchette
officielle admise ou diffusée. Dans tous les cas au Cameroun, c’est l’Etat,
payeur, qui a le dernier mot. Il faut retenir que les entraineurs de football ont des
grilles de rémunérations importantes dans le monde et dans les fédérations
productrices de richesse. Ce qui n’est pas notre cas.
1-Discrimination ou traitement préférentiel entre expertises locale et
étrangère
L’appel à candidature est ouvert à tous les entraineurs. En 2015, nous avions
appris qu’il y avait plus de 10 Camerounais dans la liste d’une centaine de
candidatures. Si un entraineur camerounais se retrouvait dans la short List et
qu’il serait moins disant, il ne serait pas élimé. De même, quelques années plus
tôt, à la démission d’un entraineur étranger, le Camerounais proposé en
remplacement devrait avoir le même salaire que son prédécesseur. Le constat
montre qu’il n’y a pas de traitement discriminatoire.
Par contre un écart important est observé dans le traitement salarial du titulaire
et de ses adjoints. Cela semble bien normal dans le cadre de l’utilisation d’une
expertise étrangère compte tenu des conditions de vie, de l’environnement, de la
sécurité, des taxes, etc. Un Camerounais exerçant à l’étranger aurait les mêmes
privilèges. Cet écart est aussi observable dans les autres secteurs d’activité.
Dans nos entreprises, les DG sont de loin mieux énumérés que leurs adjoints.
2-Mobilité des sélectionneurs et faible performance sportive
Nos statistiques montrent en général une forte mobilité à la tête des sélections
nationales. Le Cameroun fait partie des pays qui consomment plus et trop de

2
sélectionneurs nationales ; une espérance de vie d’environ dix-huit mois à la tête
des sélections nationales. Au plan technique, cette forte instabilité rend difficile
la réalisation un projet sportif, bien que pour le politique, les résultats à courts
termes sont recherchés. Le risque à prendre serait de faire confiance à un groupe
pour travailler dans la durée, acceptant les défaites en consolidant les acquis
pour escompter des résultats solides plus tard !
Si l’expertise et la compétence locales sont bonnes, l’instabilité ne favorise le
travail rationnel. Le mouvement sportif africain semble en général dans le même
cercle vicieux et le fonctionnement cyclique que linéaire, comme la conception
du temps africain.
3-Profil économique d’un sélectionneur viable
Les nations Africaines sont désormais dotées d’un nombre importants
d’encadreurs avec des profils harmonisés par la FIFA-CAF et ayant un vécu et
de multiples expériences internationales.
Tout comme plusieurs secteurs d’activités publiques et économiques sont gérés
par les nationaux en qualité de Présidents Directeurs Généraux, les sélections
nationales peuvent l’être aussi. Il suffit de considérer le secteur de sport comme
tout autre secteur de développement, au-delà des passions partisanes. Les
rémunérations accordées aux responsables d’autres secteurs, versées aux
Dirigeants locaux des équipes nationales et aux Sélectionneurs seraient une
vision salutaire de développement à long terme de notre football comme du
sport en général. Ils seront à l’abris des besoins et des tentations et plus
comptables des résultats. Ce serait la valorisation d’une main d’œuvre locale au
service du développement du sport pour une économie nationale plus prospère.

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *